Discours du Dr Barrette le 20 avril 2015, jour du bâillon

Lors de son discours en chambre le soir du bâillon, le 20 avril 2015, sur le PL28 le Ministre de la santé le Dr Gaetan Barrette a clairement exposé sa vision de la situation : « Le monde de la pharmacie, (…) met en cause quatre joueurs et les relations que ces joueurs-là ont entre eux : d'abord, les fabricants; ensuite, les grossistes; ensuite, les bannières, (…) et évidemment les pharmaciens propriétaires. (…). La négociation qui se fait actuellement, M. le Président, se fait évidemment avec ceux avec qui nous avons des contrats, et j'ai nommé les pharmaciens propriétaires.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le Ministre Dr Gaetan Barrette dit qu’il y a de l’argent dans le système des pharmacies et que, comme le gouvernement a un contrat avec les pharmaciens propriétaires, ils les acculent au pied de mur pour qu’ils s’arrangent avec les autres parties.  Le Dr Barrette oublie un détail, c’est que les propriétaires n’ont aucune emprise sur les autres « joueurs » :

Les fabricants : Le prix des médicaments est négocié par le gouvernement.  Seules les compagnies génériques ont un rapport direct économique avec les pharmaciens propriétaires au niveau des allocations professionnelles. Toutefois, ces allocations sont réglementées de façon stricte et limitée légalement à 15% pour toutes les compagnies génériques ayant des ententes avec le gouvernement. Donc de ce côté les propriétaires, sans modification de la loi n’ont aucun pouvoir pour négocier quoique ce soit.

Les grossistes : Encore une fois, la marge des grossistes est déterminée légalement par le gouvernement, aucune négociation, aucun rabais volume possible. Donc de ce côté, les propriétaires, sans modification de la loi, n’ont aucun pouvoir pour négocier quoique ce soit.

Les bannières : Le Dr Barrette a déjà mentionné que les profits du groupe Jean Coutu lui indiquaient qu’il y avait de l’argent à aller chercher dans le système des pharmacies.  Tout comme l’argent du groupe « Tim Horton » n’est pas l’argent des franchisés « Tim Horton ». L’argent du groupe Jean Coutu (dont les activités ne se limitent pas à des franchises de pharmacie au Québec) n’est pas l’argent des pharmaciens propriétaires des pharmacies Jean Coutu. Les franchisés ont signé des contrats avec leur franchiseur qu’ils devront honorer. Peut-être que les chaînes et bannières voudront aider leurs membres pour leur éviter la faillite (qui ne serait dans l’intérêt de personne), mais les pharmaciens propriétaires ont-ils vraiment un pouvoir de négociations à ce niveau ? Non,  et il y a fort à parier que si une aide vient de ce côté elle sera attachée à de nouvelles obligations…

Au final, le pharmacien propriétaire va se retrouver seul avec les coupures démesurées (pour certains on parle de la totalité de leurs profits…) et il va devoir trouver des solutions locales : augmentation des prix non réglementés (médicaments sans ordonnances, assurances privées), ajout de frais sur des services auparavant gratuits, diminution des heures d’ouverture, diminution du personnel et diminution des salaires du personnel… Les patients ne seront, dans tous les cas pas les grands gagnants de ces négociations.

De plus, cette coupe de 177 millions, qui devrait rapporter 130 millions sur le budget de la santé, se traduira par une diminution importante des revenus d'impôts (sociétés et personnels). Il semble que ce “détail” ai été omis… Une fois de plus la vision d’ensemble semble absente..

 

Le Dr Barrette fini son discours en disant : « Et, les critiques que nous avons reçues à date, bon, bien, qu'est-ce que vous voulez, on les prend parce que ça fait partie du jeu parlementaire, mais aujourd'hui nous allons évidemment voter pour cette loi et ces amendements ».

Je pense que cela nous en dit long sur son opinion de la démocratie.

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