Assurances privées et transparence

Lors de l’étude détaillée du projet de loi 92, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette a sorti de son, décidément très grand, chapeau, des amendements surprises dont un concernant l’obligation pour les pharmaciens communautaires de fournir une facture détaillée aux patients. Cette facture devant indiquer le coutant, la marge du grossiste et l’honoraire (lire ici toute la marge) de la pharmacie.

Bien étrange cet amendement, il ne concerne que les pharmacies. Aucun autre commerce, aucun autre professionnel, en fait, c'est peut-être même une première mondiale, d’obliger par la loi une entreprise privée à dévoiler son coutant et sa marge. Pourquoi ? Le ministre répond que ce sont les seuls, car c’est un projet de la loi sur les pharmacies… Pourtant l’intitulé du PL92 est Loi visant à accroître les pouvoirs de la Régie de l’assurance maladie du Québec et modifiant diverses dispositions législatives… faite attention Mr le ministre votre jupon dépasse.

Il dit également que ce sont les seuls pour lequel cela a été demandé. Faux, l’émission d’une facture (pas détaillée, juste une facture…) à remettre au patient pour les services médicaux afin d’assurer une auto-régulation a également été demandé, mais cela n’a pas été retenu par l’oreille sélective de notre ministre médecin…

On le sait, cet amendement a été demandé à plusieurs reprises, notamment lors du projet de loi 28 par les assureurs privés et notamment par Mme Lyne Duhaime présidente de l’ACCAP (Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes). Comme argument, très convaincant, Mme Duhaime brandit un sondage où seulement 21 % des patients savent que les pharmaciens facturent un honoraire professionnel ! Doit-on en conclure que 79% des patients pensent que les pharmacies sont un service gratuit, dans des espaces prêtés par des philanthropes où évoluent des bénévoles ? À moins que l’on puisse plutôt y voir à quel point le public ne sait pas comment fonctionne la rémunération en pharmacie.

Mr le ministre s’est donc laissé convaincre par les assureurs privés, à tel point qu’en commission il nous le dit, « les entreprises qui payent, les assureurs, sont en difficultés »…

Avant d’écraser une larme, regardons ce qu’il en est. Rappelons que les assureurs privés assurent la partie de la population la moins malade, à un tarif beaucoup plus élevé que l’assureur public.

Selon les données de Télus Santé : quel est l’honoraire pharmaceutique moyen en 2012 (désolé je n’ai pas de données plus récentes) : 15,29 $ pour des services d’en moyenne de 35 jours.

Quel est le prix moyen au Québec par ordonnance au privé : 52,16 $ en 2012 (progression annuelle d’environ 2,3% depuis 6 ans) quel est la couverture moyenne par l’assureur : 80%.

Quel est le montant éligible par assuré primaire annuellement au Québec : 1207 $ en 2015 (couvert à 80%).

Les dépenses annuelles en médicament par demandeurs ont progressé au Québec de 4,54% pour atteindre 953$ (une bonne partie de cette hausse est attribuable aux médicaments dits de spécialités) toujours avec une couverture à 80%.

Source : présentation ESI (http://www.colloque.ca/fichiers/2016novembre/Tremblay-Gagnon.pdf)

Et vous, quel est le montant de vos primes annuelles (votre part plus celle de votre employeur) ? De combien de % ont-elles augmenté dans les dernières années ? Quelle est la portion de ces primes qui sert à des remboursements et quelle est la marge de votre assureur ?

Pourtant les résultats financiers des assureurs, ESI, Manuvie, Great-West, Sun Life et autres, ne semblent pas si mauvais… En fait, ils sont même dans les entreprises qui génèrent le plus de profits et cela sans créer le moindre bien…

Dans son argumentaire le ministre affirme que cette transparence est importante car on oblige les citoyens à prendre une assurance privée lorsqu’ils le peuvent. C’est vrai, mais on ne les oblige pas à prendre des médicaments, on les oblige à acheter une assurance, c’est donc la facture de cette dernière qui devrait être détaillée et « transparente ».

Les assureurs privés ne s’en cachent pas, ils veulent des prix équivalent à ceux de l’assureur public et cela se comprend, mais dans ce cas, ils devraient avoir des primes d’un montant équivalent. La transparence ne devrait pas être à sens unique monsieur le ministre.

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